L'annuaire Actio philosophica se nourrit de l'amitié de plusieurs centaines d'intellectuels engagés dans l'enseignement de la philosophie à partir de positions et de perspectives multiples. Cet enseignement ne peut se pratiquer sans une réflexion philosophique propre, c'est-à-dire sans une authentique recherche personnelle ; il n'a pas non plus de sens sans une attitude que l'on pourrait qualifier globalement de prise à parti de l'extraordinaire pertinence de l'éthique dans les domaines de la philosophie première. Ces deux caractéristiques justifient le titre que nous avons choisi.

Notre époque a d'ailleurs besoin, sans le savoir, de l'apport de la pensée philosophique qui, en ce sens, est déjà action. Et notre préférence pour le latin est liée à l'étendue linguistique que nous souhaitons : chaque auteur publiera ses textes dans sa langue maternelle - ou dans la langue de son choix. Nous ne limitons pas la dignité des langues vernaculaires de la pensée philosophique au grec et à l'allemand. Nous faisons nôtre cette phrase du jeune Ortega qui louait ceux qui n'admettaient pas comme vrai un mot qui n'était pas à la fois beau et qui n'incitait pas à l'activité.

Une bonne partie des motivations pour la création de notre revue, idée initiale de notre ami et philosophe Pablo Posada Varela (r.e.p.), ont été développées pendant plus de quatre décennies au sein du séminaire Fenomenología y Filosofía Primera et des groupes de recherche qui en sont issus ou qui s'en sont rapprochés et se sont constitués en parallèle.

Il s'agit d'une entreprise d'amitié, de liberté et d'enthousiasme, sans but utilitaire. Nous avons besoin de qualité, d'idées, de profondeur, et non de centaines de citations, de textes de compromis, d'articles visant principalement à construire un cursus professionnel.

La quantité, la longueur des contributions, leur genre même - de la revue à l'esquisse d'un livre - passent au second ou au troisième plan. Il en va de même pour le style dans lequel ces contributions sont rédigées : de la bonne prose, voire de l'art, mais pas les schémas familiers d'un académisme qui n'a rien à voir avec ce qu'était l'Académie à l'origine. Comme beaucoup d'entre nous sont des lecteurs assidus de phénoménologues, l'exemple de l'Annuaire édité par Edmund Husserl n'échappe pas à notre esprit...

Il est certain que de nombreuses recherches historiques ont atteint une grande importance philosophique, de sorte que l'accent que nous mettons sur la philosophie première - comprise comme éthique et comme métaphysique - dans les textes que nous attendons ne signifie pas, loin s'en faut, que nous fermons notre champ de vision à ces parties de la philosophie. Il n'est pas non plus nécessaire d'insister sur l'évidence que nous embrasserons des points de vue ou des traditions intellectuelles très éloignés.